Histoire

C’est après que je me suis retrouvé tellement excité que j’ai dû aller au centre–ville et trouver quelque chose à voler.

Ce n’est pas tellement pour l’argent, c’est plus pour me libérer du trop–plein d’excitation.

Ce n’est pas un problème. L’assistante sociale dit que ce n’est pas un problème. C’est une décharge sexuelle me dit–elle. C’est parfaitement naturel. Vous trouvez ce que vous voulez. Vous le repérez. Vous le chopez et ça devient votre propriété. Et une fois qu’il a été à vous, vous le jetez.

C’est l’assistante sociale qui, au départ, m’a incité au vol à l’étalage.

L’assitante sociale m’a qualifié d’exemple clinique de kleptomanie. Elle a cité des études. Voler, a–t–elle dit, était destiné à empêcher qu’on ne vole mon pénis (Fenichel, 1945).

Voler était une impulsion que j’étais incapable de maîtriser (Goldman, 1991).

Je volais à cause d’un trouble de l’humeur (McElroy et al. 1991).

Peu importe l’objet du vol : chaussures, adhésif de masquage, raquette de tennis. Le seul problème c’est qu’aujourd’hui même le vole ne me donne plus cette bonne vieille sensation de  » Weouh ! Super ! ».

Ces temps derniers, je ne pratique même plus le vol à l’étalage, en tout cas, pas dans le sens classique et formel du terme. Au lieu de voler des marchandises, je vais me promener en centre–ville jusqu’à ce que je trouve un reçu de caisse que quelqu’un vient de jeter.

Vous ramassez le reçu et vous allez dans le magasin d’où il provient. Vous faites semblant de chercher dans les rayons jusqu’à ce que vous trouviez un article porté sur le reçu, et ensuite vous vous promenez dans le magasin un moment, et ensuite vous utilisez le reçu pour rendre l’article en vous remboursant en liquide. Naturellement ça marche toujours mieux avec un reçu détaillant les articles un à un. N’utilisez pas de tickets de caisse sales ou vieux. Essayez de varier les magasins que vous arnaquez.
Ce procédé est au vrai vol à l’étalage ce que la masturbation est au sexe.

Palhaniuk (Chuck), Survivant, 1999.